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Le Canto General :
compositions de Mikis Theodorákis sur des poèmes de Pablo Neruda
(Neruda Requiem Aeternam : paroles et musique de Mikis Theodorákis)
Texte original Heredero de Pablo Neruda, 1950, Fundación Pablo Neruda
Ediciones Cátedra, 1a edición 1990, 12a edición 2009, Madrid
Traduction Claude Couffon
Nrf Éditions Gallimard, 1977
Algunas bestias
Vegetaciones
Vienen los pájaros
Voy a vivir
Neruda Requiem Aeternam
Los Libertadores
La United Fruit Co
América insurrecta
Algunas bestias – Quelques animaux
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Era el crepúsculo de la iguana. Desde la arcoirisada crestería Los monos trenzaban un hilo Era la noche de los caimanes, El jaguar tocaba las hojas Los tejones rascan los pies Y en el fondo del agua magna, |
C’était le crépuscule de l’iguane. De sa crête arc-en-ciel, Les singes tressaient un fil érotique C’était la nuit des caïmans, Le jaguar effleurait les feuilles Les blaireaux grattent les pieds du fleuve Et au fond de l’eau majestueuse, |
en 1980, avec Maria Farantouri
Dans le Canto General, la section Algunas Bestias de Pablo Neruda célèbre la faune de l’Amérique du Sud.
Ces poèmes, riches en descriptions imagées et parfois brutales, mettent en lumière la diversité et la puissance de la nature, tout en suggérant une connexion profonde entre l’homme et le monde animal. L’approche de Neruda est à la fois naturaliste, en décrivant les caractéristiques physiques et les comportements des animaux, et symbolique, en utilisant les bêtes pour exprimer des idées sur la liberté, la force, la fragilité, et la lutte pour la survie.
Ce poème offre une représentation saisissante de la forêt amazonienne au crépuscule.
Il dépeint l’interaction de diverses créatures, chacune dotée de caractéristiques distinctes. La langue de l’iguane est dardée comme une arme, les fourmiliers marchent avec une précision rythmique et les sabots dorés du guanaco laissent une trace dans le crépuscule.
Le poème évoque une sensation d’énergie primordiale et l’interdépendance de la vie.
Les caïmans émergent des profondeurs, armés et prêts pour la chasse nocturne. L’absence phosphorescente du jaguar et la poursuite ardente du puma créent une atmosphère à la fois belle et dangereuse. La chasse nocturne incessante des tejones (les blaireaux) met en lumière les dures réalités de l’écosystème de la forêt tropicale.
L’utilisation de l’imagerie et du symbolisme par Neruda est particulièrement remarquable dans cette œuvre.
Le « círulo de la tierra » fait allusion à la signification ancienne et mystique du serpent. Les « barros rituales » suggèrent le caractère sacré du rôle de l’anaconda dans l’écologie de la forêt tropicale.
Comparé aux autres œuvres de Neruda, ce poème partage sa préoccupation pour le monde naturel et le lien humain avec lui.
Cependant, il se distingue par sa célébration plus explicite des aspects primitifs et sauvages de la forêt tropicale. Le poème reflète la conscience environnementale croissante de son époque, capturant la crainte et l’émerveillement suscités par la riche biodiversité de la forêt amazonienne.
Vegetaciones – Les Végétaux
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A las tierras sin nombres y sin números |
Aux terres sans noms et sans chiffres |
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En la fertilidad crecía el tiempo. |
Dans la fertilité le temps croissait. |
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El jacarandá elevaba espuma |
Le jacaranda haussait une écume |
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Un nuevo aroma propagado Como una lanza terminada en fuego Arruga y extensión, diseminaba Y aún en las llanuras |
Un nouveau parfum propagé Comme une lance à la pointe de feu Ride, étendue : la graine Et dans les plaines, encore, |
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América arboleda, |
Amérique forestière, |
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Germinaba la noche Útero verde, americana |
La nuit germait Utérus vert, savane |
Le poème Vegetaciones de Pablo Neruda, est une célébration de la nature et de la terre américaine.
Il décrit la nature comme une force vivante et puissante, un « trésor vert » qui renferme une énergie vitale et créatrice. Le poème fait l’éloge de la nature sauvage et luxuriante, et établit un lien profond entre la nature et l’identité de l’Amérique.
Il met en lumière la beauté et la puissance de la nature, en particulier de la végétation, comme symbole de la force vitale et de la résistance.
La nature comme source de vie : Neruda utilise des images fortes pour décrire la végétation comme une force créatrice et génératrice de vie.
Il parle de « dieux végétaux », de « pierres germinales » et de « naissances ».
L’Amérique comme terre luxuriante : Le poème met en valeur la richesse et la diversité de la végétation américaine, la décrivant comme une « arboleda » et un « trésor vert ».
L’homme et la nature : Le poème établit un lien étroit entre l’homme et la nature, suggérant que la nature est une partie intégrante de l’identité américaine et de l’expérience humaine.
Le poème invite à la protection de cet environnement et à la reconnaissance de sa valeur.
Le poème met en avant la beauté simple et brute de la nature, en contraste avec la complexité et la violence du monde moderne.
Vegetaciones est un poème qui célèbre la nature comme une force vitale, un symbole de l’identité américaine et une source d’inspiration pour l’homme.
Vienen los pájaros – Les oiseaux surgissent
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Todo era vuelo en nuestra tierra. Como gotas de sangre y plumas El tucán era una adorable caja de frutas barnizadas, |
Tout était vol sur notre terre. En gerbes de sang et de plumes, Vénérable, le toucan était une châsse de fruits vernis, et ses minuscules brasiers resplendissaient dans l’air immobile. |
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Los ilustres loros llenaban la profundidad del follaje Y de sus ojos circulares miraba una argolla amarilla, |
Les illustres perroquets foisonnaient dans la profondeur du feuillage, Et, les yeux ronds, ils prenaient pour mire un anneau jaune vieux |
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Todas las águilas del cielo nutrían su estirpe sangrienta |
Tous les aigles célestes nourrissaient leur sanglante progéniture |
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La ingeniería del hornero hacía del barro fragante El atajacaminos iba dando su grito humedecido a la orilla de los cenotes. La torcaza araucana hacía ásperos nidos matorrales |
L’ingéniosité du fournier campait, construits d’argile parfumée, L’engoulevent promenait son cri humecté Le ramier araucan bâtissait d’âpres nids broussailleux, |
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La loica del Sur, fragante, dulce carpintera de otoño, |
L’oiseau chanteur du Sud, odorant, doux charpentier d’automne, |
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Mas, húmedo como un nenúfar |
Quant à lui, aussi humide qu’un nénuphar, |
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Vuela una montaña marina hacia las islas, |
Une montagne marine fait voile vers les îles, |
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Es un rio de sombra, |
C’est un fleuve d’ombre vivant, |
Live From Athens / 1975, avec Maria Farantouri
Le poème Vienen los pájaros décrit un monde où le vol est omniprésent, où les oiseaux de toutes sortes peuplent le ciel et la terre. Le poème célèbre la beauté et la diversité du monde des oiseaux, tout en évoquant la force et la puissance de la nature.
L’omniprésence du vol : le poème s’ouvre sur une affirmation forte : « Tout était vol sur notre terre ». Cette phrase établit le vol comme une caractéristique essentielle de ce monde décrit par Neruda.
La diversité des oiseaux : Neruda décrit avec précision et poésie une variété d’oiseaux, des cardinaux aux toucans, des colibris aux perroquets, des aigles au condor. Chaque oiseau est décrit avec des images fortes et originales, soulignant leur individualité et leur beauté.
Les images poétiques : le poème regorge d’images vives et colorées, comme « les cardinaux écarlates saignaient l’aube d’Anáhuac » ou « les perroquets étaient comme des lingots d’or vert ». Ces images contribuent à la richesse sensorielle du poème et à la force de sa description du monde.
La nature comme source d’inspiration : le poème célèbre la nature et sa puissance, notamment à travers la description du condor, « roi assassin, frère solitaire du ciel, talisman noir de la neige, ouragan de la fauconnerie ». Cette description met en valeur la force et la majesté de la nature, mais aussi sa part de mystère et de danger.
L’engagement de Neruda : comme souvent dans le Canto General, Neruda utilise la description de la nature pour exprimer son engagement politique et social. En décrivant la beauté et la puissance du monde, il appelle à la protection de la nature et à la défense des peuples opprimés.
En résumé, Vienen los pájaros est un poème qui célèbre la beauté et la diversité du monde des oiseaux, tout en exprimant l’engagement politique et social de Pablo Neruda, qui voit dans la nature une source d’inspiration et un symbole de la lutte pour la liberté et la justice.
Voy a vivir – Je vais vivre
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Yo no voy a morirme. Salgo ahora Aquí dejo arregladas estas cosas. hoy que los pistoleros se pasean y paro de contar. Aquí me quedo con palabras y pueblos y caminos |
Je ne vais pas mourir. Je pars J’ai tout réglé. Je laisse tout ceci en ordre aujourd’hui que les gangsters se promènent Je cesse de conter. Me voici avec des mots, des peuples, des chemins |
Voy a vivir – Un cri de vie :
Le titre, « Je vais vivre », est un véritable acte de foi, une affirmation puissante de sa volonté de vivre et de s’engager.
Le poème est écrit dans un contexte de troubles politiques et sociaux, notamment en Espagne et au Chili, où la culture occidentale est associée à la violence et à l’oppression.
Neruda rejette la mort sous toutes ses formes, qu’elle soit physique (les « gangsters » et les « échafauds ») ou symbolique (la passivité et le renoncement).
Le poème est une déclaration de son engagement politique, une façon de dire qu’il ne se laissera pas intimider par la violence et l’injustice.
L’auteur exprime son amour pour la vie, pour le monde et pour son peuple. Il veut vivre pleinement, malgré les difficultés.
Le style est simple, accessible, mais puissant, avec des images fortes et des métaphores percutantes.
Voy a vivir est un poème vibrant de vie et d’espoir, un témoignage de la force de l’esprit humain face à l’adversité.
C’est un appel à l’action, à la lutte pour un monde meilleur, et à l’amour de la vie sous toutes ses formes.
Neruda Requiem Aeternam
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Neruda Requiem Æternam. Lacrima yá tous zontanous Lákrimosa I soun osternós ilios Neruda Requiem Æternam. |
Neruda Requiem Æternam. Larmes pour les vivants Lacrimosa (torrent de larmes) Tu étais le dernier soleil Neruda Requiem Æternam. |
Souffrant d’un cancer de la prostate, Pablo Neruda meurt le 23 septembre 1973 dans une clinique de Santiago du Chili. Le dissident poète communiste disparaît donc douze jours après le coup d’état d’Augusto Pinochet.
Suite au coup d’état du 11 septembre 1973 et à l’assassinat du Président Allende, il meurt 10 jours après son ami. Les milliers de Chiliens qui accompagnaient le poète au cimetière, entourés et escortés de la police secrète et des soldats en armes criaient :
« Camarada Pablo Neruda, Presente ! Ahora y siempre ! ».

Le mystère de la mort de Pablo Neruda
Disparu dans les premiers jours du régime d’Augusto Pinochet, le célèbre poète chilien est-il vraiment décédé d’un cancer ou bien a-t-il été assassiné par les militaires ? Retour sur cinquante ans d’enquête autour d’un des plus grands mystères de la dictature chilienne.
Le propos. Souffrant d’un cancer de la prostate, Pablo Neruda meurt le 23 septembre 1973 dans une clinique de Santiago du Chili. Le dissident poète communiste disparaît donc douze jours après le coup d’état d’Augusto Pinochet. Coïncidence ? De nombreux observateurs de l’époque ne veulent pas le croire.
Pour eux, pas de doute, Pablo Neruda a été assassiné par les militaires de la dictature quelques jours avant qu’il parte au Mexique où il aurait pu incarner l’opposition au régime. L’autrice retrace ainsi les différentes étapes de l’enquête : de l’analyse du certificat de décès, à l’exhumation du corps, jusqu’à l’ouverture d’une information judiciaire en 2011.
L’intérêt. L’enquête replonge dans les heures noires de la dictature chilienne en interrogeant des acteurs clés de l’époque, dont l’ancien chauffeur de Pablo Neruda, Manuel Araya, toujours vivant. Il témoigne ainsi de l’homme qui a été son patron, prix Nobel de littérature en 1971 et immense personnalité culturelle du Chili. Cet ouvrage est également la preuve que, malgré plusieurs enquêtes approfondies, le Chili continue de rencontrer de nombreuses difficultés à faire toute la lumière sur les sombres années de son histoire.
Par Marion Torquebiau
Publié le 7 déc. 2023
Los Libertadores – Les Libérateurs
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Aquí viene el árbol, el árbol De la tierra suben sus héroes |
Voici venir l’arbre, c’est l’arbre Ses héros montent de la terre |
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Aquí viene el árbol, el árbol |
Voici venir l’arbre, c’est l’arbre |
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Aquí viene el árbol, el árbol Fueron flores invisibles, |
Voici venir l’arbre, c’est l’arbre Elles furent fleurs, quelquefois |
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Y el hombre recogió en las ramas |
Et l’homme cueillit sur les branches |
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Éste es el árbol de los libres. El árbol tierra, el árbol nube, Lo ahoga el agua tormentosa |
C’est lui, l’arbre des hommes libres. L’arbre terre, l’arbre nuage, Inondé par l’eau tempétueuse |
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Otras veces, de nuevo caen Y sus labios eran las hojas Éste es el árbol, el árbol |
D’autres fois la colère brise Ses lèvres étaient alors les feuilles Voici venir l’arbre, c’est lui |
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Asómate a su cabellera: Levanta esta tierra en tus manos, |
Montre-toi dans sa chevelure : Lève dans tes mains cette terre, |
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Defiende el fin de sus corolas, |
Défends le but de ses corolles, |
Los Libertadores, comme le reste du Canto General, témoigne de l’engagement politique de Neruda, de sa solidarité avec les peuples opprimés et de sa vision d’une Amérique latine unie dans sa lutte pour la liberté.
Neruda allie dans son écriture la beauté des paysages et la violence de l’histoire, la tendresse et l’imprécation, la simplicité et la véhémence.
Theodorakis, connu pour son engagement politique et sa musique populaire grecque, donne une nouvelle vie à Los Libertadores en créant un oratorio qui met en valeur la force poétique du texte.
Il utilise un chœur antique, omniprésent, pour mettre en avant l’essentiel des poèmes de Neruda. Les solistes, quant à eux, clarifient le texte et mettent en exergue les thèmes importants.
Los Libertadores est un exemple de la collaboration artistique entre Neruda et Theodorakis, où la poésie engagée du premier rencontre la puissance musicale du second pour créer une œuvre d’art engagée et émouvante.
La United Fruit Co – La United Fruit Company
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Cuando sonó la trompeta, estuvo la Compañía Frutera Inc. Bautizó de nuevo sus tierras enajenó los albedríos Entre las moscas sanguinarias Mientras tanto, por los abismos un cuerpo rueda, una cosa |
Lorsque la trompette sonna la Compagnie Fruitière Elle rebaptisa ses terres elle aliéna l’initiative, Parmi les mouches sanguinaires Pendant ce temps, dans les abîmes un corps qui roule, un petit rien |
Dans ce poème, Neruda condamne la United Fruit Company pour son exploitation de l’Amérique latine. Il dépeint le revers du commerce de la banane et ses conséquences sur les citoyens. Ce faisant, il suggère que les États-Unis exploitent la misère et la dégradation des peuples latino-américains par cette entreprise destructrice.
La United Fruit Company est également devenu le titre du recueil dans lequel il a été inclus, publié au Mexique en 1950.
Dans une préface, Neruda écrit :
« Les explications et les confessions d’amour, de rage et d’espoir contiennent des thèmes plus sérieux ; leur but n’est pas de me décharger, mais d’explorer la blessure noire, rance et pourtant belle de mon mystérieux pays. »
Compilés à une époque de profonds changements, tant intérieurs qu’extérieurs, ces poèmes se concentrent sur plusieurs facettes plus spécifiques de l’expérience générale de la conquête de l’Amérique latine.
Le titre suggère un commentaire sur le rôle envahissant des États-Unis, généralement représentés par la United Fruit Company.
La United Fruit Company a été publié pour la première fois en 1939 dans le recueil de Neruda « Vingt poèmes d’amour et un chant de désespoir ».
Durant son existence, l’entreprise s’est fortement impliquée dans la politique latino-américaine et ses actions ont conduit certains à proposer des cursus universitaires entièrement nouveaux.
L’entreprise exerçait une forte influence sur de nombreux pays d’Amérique latine et était souvent accusée d’intimidation politique et de manipulation des gouvernements.
Malgré ces lourdes accusations, elle n’a jamais été reconnue coupable.
En 1970, Neruda a exprimé sa profonde déception face au cours de l’histoire passée, l’Amérique latine ayant accepté des entreprises à visée capitaliste.
Tout au long de sa vie, Neruda a aspiré au changement.
Il a légué dans son testament la consigne de transformer sa maison en une sorte de sanctuaire pour les artistes et de placer des « livres élémentaires du communisme » dans les maisons de la région d’Isla Negra. Cet espoir de changement, nourri tout au long de sa vie, est probablement la cause de son enthousiasme pour l’écriture de ce poème.
La United Fruit Company était une entreprise américaine du début du XXe siècle impliquée dans une vaste mécanisation impérialiste.
Elle est connue pour son rôle important dans les pays d’Amérique centrale comme le Guatemala, le Costa Rica, le Honduras, le Nicaragua, ainsi que dans les Caraïbes.
La United Fruit Company a acquis d’immenses terres au Guatemala pour y planter des fruits tropicaux destinés à des millions d’Américains.
Le fruit le plus cultivé est la banane. Sa production exige une main-d’œuvre considérable, ce qui a entraîné le déplacement de la plupart des agriculteurs.
Vient ensuite l’abolition du servage pour dettes, qui obligeait les travailleurs à travailler pour rembourser un prêt ou une dette sans être rémunérés, ce qui constituait une forme d’esclavage.
La United Fruit Company utilisait essentiellement ce type d’esclavage pour forcer les autochtones à travailler dans les champs.
Lorsque l’entreprise a imposé une augmentation de l’impôt foncier, la colère des Guatémaltèques a explosé, ce qui explique en partie pourquoi United Fruit a réorienté ses activités vers le Costa Rica.
Ce n’est qu’à la fin des années 1930 que le gouvernement guatémaltèque, de plus en plus exaspéré par l’épuisement des ressources du pays, élabora des stratégies pour les récupérer.
Au Costa Rica, La United Fruit Company dépensa des millions de dollars pour sensibiliser la population aux avantages de sa présence, par le biais de campagnes de propagande et de publicité. À un moment donné, des responsables de l’entreprise rencontrèrent même le président Figueres pour lui suggérer qu’« en raison de la crise économique mondiale, l’entreprise devrait prendre le contrôle du gouvernement » (Gudger).
La United Fruit Company essuya finalement un revers majeur au Costa Rica avec l’avènement de la loi Latifundia. JW déclara : « Je crois que la loi Latifundia nous a fait plus de mal que tout autre événement de notre histoire au Costa Rica » (Gudger). Malgré ces mesures, la United Fruit Company comprit que l’avenir de son entreprise était bel et bien compromis.
Elle se tourna donc vers son bien le plus précieux et le lieu où son influence était considérée comme la plus profonde : le Honduras. C’est ici qu’United Fruit a pu exaspérer la population et le gouvernement plus que partout ailleurs, à tel point que toute l’histoire de la région tournait autour de l’entreprise.
Pablo Neruda est né en 1904 à Parral, au Chili.
Il était bien informé des activités de l’entreprise sur la souveraineté nationale des pays d’Amérique latine, et il était également conscient de la manière dont le gouvernement américain intervenait pour « assister » momentanément, puis immédiatement, les entreprises ayant des intérêts en Amérique latine.
Neruda a vécu l’expérience directe de l’impérialisme à Ceylan, où il a été nommé consul honoraire.
C’est là qu’il a pu observer comment United Fruit et d’autres entreprises parvenaient à prendre le contrôle des pays d’Amérique latine en exploitant leurs ressources et en obligeant les gens à travailler pour des salaires extrêmement bas afin de survivre. Cet événement à Ceylan a permis à Pablo Neruda de prendre conscience d’incidents similaires en Amérique latine et d’écrire le poème La United Fruit Company à la fin de sa vie.
En racontant les expériences des différentes nations et les tragédies de son peuple, Pablo Neruda met en lumière divers exemples à travers le monde de l’influence négative des entreprises fruitières comme l’UF sur la culture, les ressources et le développement de nombreuses nations jusqu’aux sociétés modernes.
América insurrecta – L’Amérique insurgée
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Nuestra tierra, ancha tierra, soledades, Una callada sílaba iba ardiendo, |
Notre terre, ample terre, solitudes, Une syllabe muette qui brûlait |
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Fue dura la verdad como un arado. |
La vérité fut dure comme une charrue. |
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Rompió la tierra, estableció el deseo, Fue callada su flor, fue rechazada |
Elle rompit la terre, établit le désir, Sa fleur fut silencieuse, repoussée |
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El pueblo oscuro fue su copa, Y salió con las páginas golpeadas Hora de ayer, hora de mediodía, |
Et le peuple obscur fut sa coupe, Et il sortit avec ses pages martelées Heure d’hier, heure méridienne, heure |
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Patria, naciste de los leñadores, |
Patrie, tu fus engendrée par les bûcherons, |
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Hoy nacerás del pueblo como entonces. |
Aujourd’hui comme alors tu vas naître du peuple. |
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Hoy saldrás del carbón y del rocío. Hoy llegarás a sacudir las puertas |
Aujourd’hui tu vas sortir du charbon, de la rosée. Tu vas venir secouer les portes |
América insurrecta dépeint la lutte des peuples d’Amérique latine contre l’oppression et l’injustice, célébrant leur soif de liberté et leur résistance.
L’analyse de ce poème révèle un appel vibrant à l’action, une glorification de la force populaire et une dénonciation de la domination étrangère et des régimes autoritaires.
Le poème est un hymne à la révolte, où les opprimés se lèvent pour briser leurs chaînes.
Les images de « rumeurs » se transformant en « galops » et de « drapeaux » cachés surgissant pour « fissurer les murs des prisons » illustrent cette transformation de la passivité à l’action.
Neruda met en valeur le pouvoir du peuple, capable de renaître de ses cendres, de se forger une nouvelle identité à partir de la « terre », du « charbon » et de la « rosée ». Il souligne l’importance de l’unité populaire dans la lutte pour la liberté.
Dénonciation de l’oppression : Le poème critique vivement l’oppression, qu’elle soit d’origine coloniale ou due à des régimes autoritaires. Il dénonce les « bûcherons » et les « charpentiers » qui, dans le passé, ont contribué à la construction d’un système oppressif, mais qui, aujourd’hui, peuvent aussi être les artisans d’une nouvelle société.
Neruda utilise un langage puissant et imagé pour évoquer la lutte et la résilience du peuple latino-américain.
Les images de la nature (« prairies », « mer ») contrastent avec celles de la violence et de la répression (« bûcherons », « charpentiers »).
Rythme et musicalité : Le poème possède un rythme dynamique, presque incantatoire, qui invite à la participation et à l’action.
