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1° Prologue Mauthausen
Ásma Asmáton
4°Ena to helidoni
Canto General : Algunas Bestias
5° Texte
Canto General : Vegetationes
Canto eneral : Vienen los pájaros
Entracte / Intermission
6° Texte
Canto General : Voy a vivir
7° Texte
Canto General : Neruda Requiem Aeternam
8° Texte
Canto General – Los Libertadores
9° Texte
Canto General – La United Fruit Co
10° Texte
Canto General – America Insurecta
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« C’est vraiment étonnant que je n’aie pas abandonné tous mes idéaux, car ils me semblent si absurdes et impossibles à réaliser. » « L’atmosphère dans la maison est oppressante, somnolente et pesante. Dehors, on n’entend pas un seul chant d’oiseau, un silence mortel, angoissant, s’abat sur tout et son poids s’accroche à moi comme pour m’entraîner dans les profondeurs d’un monde souterrain. Papa, Maman et Margot me laissent complètement indifférente, j’erre d’une pièce à l’autre, je descends puis remonte l’escalier, et me sens comme l’oiseau chanteur dont on a brutalement arraché les ailes et qui, dans l’obscurité totale, se cogne contre les barreaux de sa cage trop étroite. » Journal d’Anne Frank, 29 octobre 1943 |
“It’s truly astonishing that I haven’t abandoned all my ideals, for they seem so absurd and impossible to achieve.”
“The atmosphere in the house is oppressive, drowsy, and heavy. Outside, not a single bird sings; a deathly, agonizing silence falls over everything, its weight clinging to me as if to drag me into the depths of an underground world.
Papa, Mama, and Margot leave me completely indifferent. I wander from room to room, going down and then up the stairs, feeling like a songbird whose wings have been brutally torn off, banging against the bars of its too-small cage in the total darkness.” Anne Frank’s Diary, October 29, 1943 |
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« Voilà la difficulté de notre époque, les idéaux, les rêves, les beaux espoirs n’ont pas plus tôt fait leur apparition qu’ils sont déjà touchés par l’atroce réalité et totalement ravagés. C’est un vrai miracle que je n’aie pas abandonné tous mes espoirs, car ils semblent absurdes et irréalisables. Néanmoins je les garde car je crois encore à la bonté innée des hommes. » Journal d’Anne Frank, 15 juillet 1944 |
“This is the difficulty of our time: ideals, dreams, and beautiful hopes have barely appeared before they are touched by atrocious reality and utterly devastated. It is a true miracle that I have not abandoned all my hopes, for they seem absurd and unrealizable. Nevertheless, I hold onto them because I still believe in the innate goodness of humankind.” Anne Frank’s Diary, July 15, 1944 |
Άσμα ασμάτων Ásma Asmáton
Cantique des Cantiques / Song of Songs
Iákovos KAMBANELLIS
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Cantique des cantiques Qu’elle est belle, la bien-aimée de mon âme, avec sa simple robe de tous les jours et un petit peigne aux cheveux. Personne au monde n’a connu une telle beauté… Jolies filles d’Auschwitz, jolies filles de Dachau, n’avez-vous pas vu ma bien-aimée?… Nous l’avons vue accomplir un long chemin, dénuée de sa modeste robe et de petit peigne aux cheveux. Qu’elle est belle, la bien-aimée de mon âme, comblée par les caresses de sa mère et par les baisers de son frère. Personne au monde n’a connu une telle beauté… Ô belles de Mauthausen et beautés de Belsen, n’avez-vous pas vu ma bien-aimée?… Nous l’avons vue, sur la place glacée, avec un chiffre au creux de son poignet blanc et un astre jaune sur le cœur. Qu’elle est belle, la bien-aimée de mon âme, comblée par les caresses de sa mère et par les baisers de son frère. Personne au monde n’a connu une telle beauté… |
Song of Songs How beautiful she is, the beloved of my soul, in her simple everyday dress and with a small comb in her hair. No one in the world has known such beauty… Pretty girls of Auschwitz, pretty girls of Dachau, have you not seen my beloved?… We saw her walk a long way, stripped of her modest dress and the small comb in her hair. How beautiful she is, the beloved of my soul, filled with her mother’s caresses and her brother’s kisses. No one in the world has known such beauty… O beauties of Mauthausen and beauties of Belsen, have you not seen my beloved?… We saw her, in the icy square, with a number on her white wrist and a yellow star on her heart. How beautiful she is, the beloved of my soul, filled with her mother’s caresses and her brother’s kisses. No one in the world has known such beauty… |
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2° Όμορφη πόλη Ómorfī pólī
Belle Ville / Beautiful City
Yiannis THEODORAKIS
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Belle ville Belle ville, voix, musiques, Tu seras mienne avant que la nuit vienne, La nuit tombe, les fenêtres sont closes. |
Beautiful City Beautiful city, voices, music, You will be mine before night falls, You will be mine. Night falls, the windows are closed. |
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3° Δακρυσμένα μάτια Dakrismena matia
Yeux en larmes / Teary Eyes
Yiannis THEODORAKIS
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Yeux en larmes Yeux en larmes, jardins endormis morceaux de rêves, Si seulement je pouvais vivre dans les grandes rues sous les affiches aux milliers de couleurs Si seulement je pouvais me retrouver Si seulement mon cœur était une étoile brillante Si seulement mon regard était une épée à double tranchant Une épée brillante à midi |
Teary Eyes Teary eyes, sleeping gardens, If only I could live on the wide streets beneath the posters of a thousand colors If only I could find myself again
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4° Ενα το χελιδόνι Ena to helidoni
Rien qu’une hirondelle / Just a swallow
Odysseas ELYTIS
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Rien qu’une hirondelle Rien qu’une hirondelle. Et le printemps est ponctuel. Il faut des morts par milliers pour pousser la Roue Il y faut aussi les vivants pour faire don de leur sang. Mon Dieu Maître d’œuvre, tu m’as emmuré au cœur des monts Mon Dieu Maître d’œuvre tu m’as enfermé au fond de la mer. Il a été pris par des mages, le corps du mois de Mai Ils l’ont enseveli dans un tombeau de la mer. Dans un puits très profond ils l’ont gardé prisonnier Il a embaumé les ténèbres et l’abîme tout entier. Mon Dieu Maître d’œuvre, dans les lilas de Pâques toi aussi, Mon Dieu Maître d’œuvre tu as embaumé la Résurrection. |
Just a Swallow Just a swallow. And spring is punctual. Much toil is required for the sun to turn. Thousands must die to turn the Wheel. The living must also give their blood.
The body of the month of May was taken by wise men. They buried it in a tomb by the sea.
My God, Master Builder, in the lilacs of Easter you too, My God, Master Builder, you have perfumed the Resurrection. |
Pablo NERUDA
Canto General : Algunas Bestias
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Livre V Le sable trahi Peut-être, oui, l’oubli sur la terre comme une coupe peut-il aider la croissance et nourrir la vie comme le ténébreux humus de la forêt. Peut-être, oui, l’homme comme le forgeron accourt à la braise, aux coups du fer sur le fer, sans entrer dans les villes aveugles du charbon, sans clore le regard accourt-il s’enfoncer dans les effondrements, les eaux, les minerais, les catastrophes. Peut-être, mais mon plat est différent, ce que je mange est autre : mes yeux ne sont pas venus pour mordre l’oubli : mes lèvres s’ouvrent sur le temps entier, et celui-ci, le temps total et non parcellaire, a usé mes mains. Je vais donc te parler de ces douleurs que j’aimerai tant éloigner, je vais t’obliger à vivre une fois encore dans leurs brûlures, non pour nous arrêter comme dans une gare, au moment de partir, non pour nous cogner le front contre terre, non pour nous remplir le cœur d’eau salée, mais pour marcher en connaissant, pour toucher la droiture avec des décisions infiniment lourdes de sens, pour que la rigueur soit condition de la joie, pour que nous soyons invincibles. |
Book V The Betrayed Sand Perhaps, yes, oblivion on earth, like a cup, can aid growth and nourish life like the dark humus of the forest. Perhaps, yes, man, like the blacksmith, rushes to the embers, to the blows of iron upon iron, without entering the blind cities of coal, without closing his eyes, he rushes to plunge into the collapses, the waters, the ores, the catastrophes. Perhaps, but my dish is different, what I eat is other: my eyes have not come to bite oblivion: my lips open onto all of time, and this, total and unfragmented time, has worn down my hands. So I’m going to talk to you about these pains I so desperately want to banish, I’m going to force you to live once again in their burning intensity, not to stop us like in a train station, just as we’re about to leave, not to bang our foreheads against the ground, not to fill our hearts with salt water, but to walk with knowledge, to touch righteousness with decisions infinitely heavy with meaning, so that rigor becomes the condition of joy, so that we may be invincible. |
Canto General : Vegetationes
Canto eneral : Vienen los pájaros
Entracte / Intermission
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Livre Hauteurs du Machu Picchu Canto XII Monte naître avec moi Monte naître avec moi, mon frère. Donne-moi la main, de cette profonde zone de ta douleur disséminée. Tu ne reviendras pas du fond des roches. Tu ne reviendras pas du temps enfoui sous terre. Non, ta voix durcie ne reviendra pas. Ne reviendront pas tes yeux perforés. Regarde-moi du tréfonds de la terre, laboureur, tisserand, berger aux lèvres closes dresseur de tutélaires guanacos maçon de l’échafaudage défié porteur d’eau de larmes andines joaillier des doigts écrasés agriculteur qui trembles dans la graine potier répandu dans ta glaise apportez à la coupe de la vie nouvelle vos vieilles douleurs enterrées. Montrez-moi votre sang, votre sillon, dites-moi : en ce lieu on m’a châtié car le bijou n’a pas brillé ou car la terre n’avait pas donné à temps la pierre ou le grain : Désignez-moi la pierre où vous êtes tombés et le bois où vous fûtes crucifiés, illuminez pour moi les vieux silex, les vieilles lampes, les fouets collés aux plaies au long des siècles et les haches à l’éclat ensanglanté. Je viens parler par votre bouche morte. Rassemblez à travers la terre toutes vos silencieuses lèvres dispersées et de votre néant, durant toute cette longue nuit, parlez-moi comme si j’étais ancré avec vous, racontez-moi tout, chaîne à chaîne, maillon à maillon, pas à pas, affûtez les couteaux que vous avez gardé, mettez-les sur mon cœur et dans ma main, comme un fleuve jaune d’éclairs, comme un fleuve des tigres enterrés, et laissez-moi pleurer, des heures, des jours, des années, des âges aveugles, des siècles stellaires. Donnez-moi le silence, l’eau, l’espoir. Donnez-moi le combat, le fer et les volcans. Collez vos corps à moi ainsi que des aimants. Accourez à ma bouche et à mes veines. Parlez avec mes mots, parlez avec mon sang. |
Book the Heights of Machu Picchu Canto XII: Rise to be born with me Rise to be born with me, my brother. Give me your hand, from this deep place of your scattered pain. You will not return from the depths of the rocks. You will not return from the time buried beneath the earth. No, your hardened voice will not return. Your pierced eyes will not return. Look to me from the depths of the earth, ploughman, weaver, shepherd with closed lips trainer of guardian guanacos mason of the defied scaffolding bearer of water from Andean tears jeweler with crushed fingers farmer who trembles in the seed potter scattered in your clay bring to the cup of new life your old buried sorrows. Show me your blood, your furrow, tell me: in this place I was punished because the jewel did not shine or because the earth did not yield the stone or the grain in time: Show me the stone where you fell and the wood where you were crucified, light up for me the old flints, the old lamps, the whips stuck to wounds through the centuries and the axes with their bloody gleam. I come to speak through your dead mouth. Gather across the earth all your silent, scattered lips and from your nothingness, throughout this long night, speak to me as if I were anchored with you, tell me everything, chain by chain, link by link, step by step, sharpen the knives you have kept, place them on my heart and in my hand, like a yellow river of lightning, like a river of buried tigers, and let me weep, for hours, for days, for years, for blind ages, for stellar centuries. Give me silence, water, hope. Give me combat, iron, and volcanoes. Cling your bodies to me like magnets. Come to my mouth and my veins. Speak with my words, speak with my blood. |
Canto General : Voy a vivir
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Livre XV Je suis Canto XXI La mort Tout est silence d’eau et vent. Il m’est arrivé souvent de renaître. Je naissais du fond d’étoiles vaincues. Je reconstruisais le fil des éternités. Mes mains les peuplaient. Et maintenant je vais mourir, je n’ai rien, que la terre sur mon corps, destiné à être terre. Je n’ai pas acheté le lopin de ciel que vendaient les prêtres, et j’ai repoussé les ténèbres que manufacturaient les métaphysiciens pour l’oisiveté des puissants. Je veux dans la mort être avec les pauvres auxquels ne fut donné le temps de l’étudier lorsque les coups pleuvaient sur eux maniés par ceux qui ont le ciel en bon ordre et bien partagé. Ma mort est là, prête et pareille à un vêtement qui m’attend, de la couleur que j’aime, avec la dimension que j’ai cherché en vain et la profondeur qui m’est nécessaire. Lorsque l’amour a épuisé sa matière évidente et que la lutte égrène ses marteaux en d’autres mains soudant leur force, la mort vient jusqu’à toi effacer les signaux qui un à un bâtirent tes frontières. |
Book XV I Am Canto XXI Death All is silence, water, and wind. I have often been reborn. I was born from the depths of vanquished stars. I reconstructed the thread of eternities. My hands populated them. And now I am going to die, I have nothing but the earth upon my body, destined to be earth. I did not buy the patch of sky that the priests sold, and I rejected the darkness that the metaphysicians manufactured for the idleness of the powerful. In death, I want to be with the poor who were not given the time to study it when blows rained down upon them, wielded by those who have the sky in good order and well distributed. My death is here, ready and like a garment awaiting me, in the color I love, with the dimension I have sought in vain, and the depth I need. When love has exhausted its obvious substance, and the struggle scatters its hammers, welding their strength in other hands, death comes to erase the signals that, one by one, built your boundaries. |
Canto General : Neruda Requiem Aeternam
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Livre V Le sable trahi Chant III Toujours Même si des pas effleurent ce lieu pendant mille ans, ils n’effaceront pas le sang de ceux qui sont tombés ici. Des voix par milliers peuvent troubler ce silence, elles n’étoufferont pas l’heure où vous êtes tombés. La pluie trempera les pierres de la place, mais elle n’éteindra pas vos noms flamboyants. Mille nuits s’abattront de leurs ailes sombres, sans détruire le jour qu’attendent ces morts. Le jour qu’attendent tant d’hommes à travers le monde, le jour ultime de la souffrance. Un jour de justice gagnée au prix de la lutte, et vous, frères tombés, serez avec nous en silence en ce jour immense de la lutte finale, en ce jour immense. |
Book V The Betrayed Sand Canto III Always Even if footsteps brush against this place for a thousand years, they will not erase the blood of those who fell here. A thousand voices may disturb this silence, but they will not stifle the hour when you fell. The rain will soak the stones of the square, but it will not extinguish your blazing names. A thousand nights will fall with their dark wings, but will not destroy the day these dead await. The day so many men throughout the world await, the ultimate day of suffering. A day of justice won at the price of struggle, and you, fallen brothers, will be with us in silence on this immense day of the final struggle, on this immense day. |
Canto General – Los Libertadores
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Livre VI Je ne prononce pas ton nom en vain, ô Amérique Chant IX Les Dictateurs Un parfum persiste parmi les roseaux ; un mélange de sang et de corps, un pétale pénétrant et nauséabond. Parmi les cocotiers, les tombes sont remplies d’ossements brisés, de râles, d’agonies silencieuses. Le délicat satrape converse avec des coupes, des colliers et des cordons d’or. Le petit palais brille comme une horloge, et des rires véloces et gantés traversant parfois les couloirs se mêlent aux voix des morts et aux bouches bleues fraîchement enterrées. Les pleurs sont cachés comme une plante qui s’égrène inlassable sur le sol et dans la nuit déploie ses grands thyrses aveugles. La haine s’est formée écaille par écaille, coup par coup, dans l’eau terrible du marais, avec un mufle plein de vase et de silence. |
Book VI I Do Not Speak Your Name in Vain, O America Canto IX The Dictators A scent lingers among the reeds; a mixture of blood and corpses, a penetrating and nauseating petal. Among the coconut palms, the tombs are filled with broken bones, with death rattles, with silent agonies. The delicate satrap converses with cups, with necklaces and cords of gold. The small palace shines like a clock, and swift, gloved laughter sometimes echoes through the corridors mingles with the voices of the dead and with the blue mouths of fresh burial. Tears are hidden like a plant that tirelessly scatters its seeds across the ground and in the night unfurls its great, blind thyrses. Hatred was formed scale by scale, blow by blow, in the terrible water of the swamp, with a muzzle full of mud and silence. |
Canto General – La United Fruit Co
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Livre XI Les fleurs de Punitaqui Chant XII L’homme Là j’ai trouvé l’amour. Il naquit sur le sable, grandit sans parler, palpa le silex de la dureté et résista à la mort. L’homme était vie qui assemblait le jour intact et la mer survivante, il attaquait, chantait et combattait, avec l’unité des métaux. Là les cimetières étaient terre à peine levées, croix brisées au bois fondu et sur lequel les vents de sable s’avançaient. |
Book XI The Flowers of Punitaqui Canto XII The Man There I found love. He was born on the sand, grew without speaking, felt the flint of hardness and resisted death. The man was life that assembled the intact day and the surviving sea, he attacked, sang, and fought, with the unity of metals. There the cemeteries were earth barely risen, broken crosses of melted wood and over which the sandstorms advanced. |
Canto General – America Insurecta
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